Ma cellulite vous salue

Je n’aime pas les régimes. Voir en permanence des pubs mettant en valeur la minceur et le bonheur que seul un IMC à 18 peut procurer m’énerve au plus haut point.

Les innombrables programmes minceurs qui paraissent tant dans des livres que dans des magazines n’ont jamais réussi qu’une seule chose : ancrer des clichés et culpabiliser les femmes sur leur poids. La fille mince est belle, donc forcément superficielle puisqu’elle ne pense qu’à son régime. La fille grosse est moche et elle le mérite, puisque c’est une fainéante qui n’est même pas capable de maigrir malgré les bons conseils qu’on ne cesse de lui donner (“numéro spécial ! Maigrir sans peine : 10kg en moins avant le début de l’été !”).

Comment être à l’aise avec son poids quand les adjectifs “gros” et “maigre” sont considérés comme des insultes ?

Alors forcément, quand Madmoizelle parle d’un régime consistant à simplement apprendre à écouter son corps pour trouver son poids d’équilibre, ça me met en joie.

Advertisements

Parce que personne n’aime se couper le doigt avec un bout de papier

Quand je dis que je suis féministe, les gens sont surpris. Tout le temps. Parce que les féministes, ce sont des femmes qui chipotent sur des bêtises, qui parlent fort, qui militent contre les hommes, qui voient le mal partout, et apparemment, ça ne colle pas à l’image qu’on a de moi (c’est toujours ça de gagné, me dira-t-on).

Suis généralement la phase où je tente de m’expliquer. C’est dur de s’expliquer sur quelque chose qui nous parait évident.  Pourquoi la Terre est ronde ? Pourquoi le soleil se lève à l’est ? Pourquoi es-tu féministe ? A chaque fois, je regrette de ne rien trouver d’autre à dire que l’égalité des salaires, alors que je voudrais justement faire comprendre que les salaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Parce que les jouets pour fille sont roses, parce que ma nièce veut être une princesse, parce que les magazines féminins font des numéros spécial régime, parce qu’on ne met pas une robe comme on met un pantalon, parce que ma bouilloire s’appelle Justine (true story)…

Dans ce post, un homme raconte l’anecdote qui lui a fait comprendre quel genre de discrimination subissaient les femmes. Il dit à ce propos : “These were moments that didn’t hit me over the head like rape or domestic violence, but they were the discriminatory equivalent of a paper cut: annoying, painful, and persistent.” (ce qui signifie plus ou moins : ces moments ne m’ont pas choqué comme le viol ou la violence conjugale, mais ils sont l’équivalent discriminatoire d’une coupure au papier : agaçants, douloureux, et continuels.)

Et c’est exactement ça.

 

Le bio c’est pas beau

(parce qu’après “la montagne ça vous gagne” et “le cheval c’est génial”, je commence à ne plus avoir honte de mes rimes pourries)

Tout le monde connaît à peu près les avantages du bio. L’agriculture biologique c’est comme les OGM mais à l’envers : on en entend parler qu’en bien. Surtout maintenant que les prix commencent à devenir accessibles au commun des mortels.

Alors certes, c’est bien agréable de ne pas retrouver pesticides et antibiotiques dans son assiette. Mais faut arrêter de croire que le bio est la solution miracle à tous les problèmes liés à l’alimentation. Il n’y a rien de plus agaçant que ces gens qui ne jurent que par le bio sans rien connaître de ce qu’il existe à côté (si tant est qu’ils connaissent ce qui se cache derrière le label AB).

Déjà, parlons rendements. Prenez la production moyenne nationale d’à peu près n’importe quelle culture, divisez par 2, voire par 3. Voila déjà une bonne raison pour laquelle le bio n’a pas d’avenir à grande échelle : avec la population mondiale en constante augmentation, la grande problématique est de savoir comment nourrir tout ce beau monde, c’est-à-dire produire plus sur un espace plus réduit (faut bien construire les logements quelques part hein).

A ce propos, on m’a déjà fait une remarque : “l’agriculture dite conventionnelle (non bio) appauvris les sols. En continuant ainsi, arrivera un moment où plus rien ne pourra pousser correctement de toute façon”. Sauf que, sans fertilisation des sols, jachère ou rotation adéquate, les sols s’appauvrissent forcément, agriculture biologique ou non. A priori, seule la méthode de fertilisation est différente. Et encore. L’un de mes stages a eu lieu dans une exploitation conventionnelle où aucun engrais n’était jamais utilisé – alors même que l’environnement était le cadet de leur soucis. Ils jouaient juste sur les apports de fumier et la rotation des cultures. Comme du bio, en fait.

On m’a dit aussi que les fruits et légumes issus de l’agriculture bio avaient plus de goût. Il peut y avoir deux raisons. L’une d’entre elle est, qu’effectivement, quand on pousse un fruit à grandir plus et plus vite, il perd du goût. L’autre raison, c’est tout simplement la variété. Les variétés qu’on trouve en supermarché ne sont pas sélectionnées pour leur goût, mais pour leur aspect. Il faut que ce soit joli, bien lisse et bien propre malgré le voyage entre le champ et le supermarché, parce que pas un seul client n’achèterait une carotte tordue ou une pomme avec des tâches sombres un peu suspectes.

Ce qui est triste, au final, c’est la séparation qui est faite entre le bio et le conventionnel. A chaque fois qu’un adulte a envie de me faire parler, sachant que je suis dans le milieu agricole, il me demande ce que je pense du bio. Inévitablement, si je n’en dis pas que du bien je passe pour la méchante, comme s’il n’y avait aucune différence entre agriculture extensive et intensive, comme si l’agriculture raisonnée n’existait pas. Alors que cette dernière représente probablement la seule solution viable à long terme. Avec les OGM. Et je trolle à peine.

Sortie d’école

Et pour la promo 2006 :

On a tous reçus la même formation, on l’a tous payée le même prix. Mêmes contrôles pour tout le monde, même notation, basée sur les mêmes critères.

Pourtant, au premier emploi, là où on arrive a priori tous égaux sur le marché du travail, avec des expériences très similaires puisque nous avons tous réalisé les mêmes stages, une moitié de la promo va toucher en moyenne 5000€ de plus que l’autre.

Voila. Il me tarde d’entrer dans la vie active.

 

 

 

 

Un ami m’a fait remarquer que les luttes pour les droits des femmes étaient un peu dépassées, qu’elles n’étaient justifiées que pour les “anciennes générations”. Nous, les jeunes, étions parfaitement conscients qu’une femme n’était pas un sous-homme, et il était donc convaincu que les inégalités de salaire disparaîtraient quand tous ces anciens de la vieille école partiraient à la retraite.

Les salaires sont loin d’être le seul problème, ils font partis d’un tout. Pourtant, je n’ai pas réussi à trouver d’exemples concrets à lui donner. Je n’ai même pas pensé à lui parler de ce qui m’avait fait, moi, devenir féministe.
Rien à voir avec les salaires, les magazines féminins qui nous parlent comme à des attardées, le modèle de la femme forcément épanouie avec ses enfants, son mari et sa maison à s’occuper. J’étais bien consciente de toutes ces petites choses – je passais déjà pas mal de temps à lire les articles de Maïa Mazaurette – mais jamais je ne m’étais sentie vraiment concernée. Si j’en étais consciente, alors tout le monde l’était, et comme tout le monde voulait forcément que ça change, eh bien, ça finirait bien par changer, hein ?

Je suis alors partie en stage, où j’ai rencontré Marina. Ses parents sont agriculteurs, elle le sera aussi. Elle est forte, physiquement comme mentalement, elle travaille dur, elle a du caractère, n’hésite pas à gueuler pour se faire entendre. Elle a aussi un copain, 27 ans, pas toujours très futé, qui n’a jamais fait la cuisine ou le ménage de sa vie. Il est un homme, après tout. Et puis c’est comme ça qu’on faisait, avant. Une ou deux fois, je lui ai fait remarqué qu’avant, il aurait dû labourer ses champs avec un cheval, qu’avant, les femmes ne travaillaient pas dans la ferme comme sa copine le fait aujourd’hui. Elle aimait bien ça, Marina, que je lui rappelle quelques notions d’égalité.

Malheureusement, le féminisme dans leur vie s’arrêtait à mes discours (si on peut appeler “féminisme” le partage des tâches ménagères). Je crois qu’elle aurait bien aimé être dans ce monde où elle n’aurait pas eu à faire le ménage et la cuisine, où elle n’aurait pas mangé toute seule le soir, pendant que le père de son enfant se prenait une cuite chez le voisin qui avait un jour essayé de la peloter. Elle ne dit rien, ce serait inutile, ç’a toujours été comme ça, elle ne peut rien y changer, les femmes se sont toujours occupées de la maison, c’est leur rôle et elle fait avec. Et si son copain est incapable de se faire chauffer des raviolis, même le soir où elle veut aller fêter son anniversaire en boîte, tant pis, elle n’ira pas et restera lui cuisiner quelque chose.

Qu’on ne me dise pas que c’est une exception, que certaines femmes n’ont pas la force ou le courage de s’opposer à ce qu’on leur impose. Ça existe surement, mais ce n’est pas le cas de Marina. Au contraire, Marina, elle l’engueule tout le temps, à coup de “connard, casse-toi, t’es vraiment trop con”. C’est juste que pour elle, comme pour toutes les femmes élevées ainsi, cette situation est normale. Pour preuve, Mélanie, 25 ans, également employée de la ferme, qui pensait que si je ne voulais pas débarrasser la table pendant que ces messieurs buvaient leur café, c’était tout simplement parce que j’étais feignante.

J’aurais dû raconter tout ça à cet ami pour qui la journée des droits des femmes est obsolète. Il aurait peut-être compris que toutes les couches sociales n’ont pas la chance de recevoir son éducation, et qu’il faudra que les féministes se battent encore un certain nombre d’années avant que les concepts qui nous semblent si évidents n’atteignent les oreilles de certaines.

Et sinon, si vous n’êtes pas convaincus ou si vous avez eu la flemme de tout lire, le meilleur blog francophone 2010 en parle aussi dans un article bien mieux que celui-ci.

Bon, cet article est parfaitement déprimant. Pour la peine, je vous offre une blague :

Si, c’est drôle.

Contradictions

(on dirait un titre de Twilight, ça commence mal)

Je suis la première à dire que quand on aime un CD, il faut l’acheter. On remercie ainsi l’artiste, on lui permet de gagner un (tout petit) peu de sous, et on l’encourage à continuer. Et puis on a le plaisir de posséder un (pas forcément) bel objet.

D’un autre côté, en achetant,on entretient ces labels majors qui, incapables de s’adapter aux nouvelles lois que leur impose internet, pleurnichent auprès du gouvernement qui s’empresse de créer des taxes injustes et tente vainement de faire passer des lois anti-constitutionnelles. Contrôler internet, censurer (“les chinois l’ont fait”), peut-être est-ce la solution que les majors voudraient voir appliquer, eux qui veulent garder leurs sous et ont trop peur de se casser la gueule en tentant quoique ce soit de nouveau. Et puis quel système pourrait plumer aussi efficacement les consommateurs qu’un disque vendu 20€ , 40 minutes dans un boîtier plastique et livret en mauvais papier?

Supposons que plus personne ne mange de fois gras. La filière s’écroule. Que feraient alors les producteurs ? Ils essayeraient de gagner de nouveaux consommateurs en changeant leur image, leurs pratiques, etc… Mais l’industrie du disque tient trop à son monopole, à son contrôle de la culture et de l’information, elle trouve injuste que sa toute puissance s’évanouisse et qu’elle se retrouve au même niveau que les autres entreprises, à devoir batailler pour survivre.

Acheter des CD aux majors, c’est donc entretenir ce système. Et c’est d’autant plus contrariant que c’est souvent le seul moyen de dire aux artistes qu’on aime ce qu’ils font.