Le cosmos est mon campement

         – N’acceptez pas que l’on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l’air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vignes. Soyez complice du crime de vivre et fuyez ! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s’unir, sobre à punir. Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason.

Il marque une ultime pause, ses yeux rivés dans les nôtres, comme s’il y cherchait un écho impossible, une fraternité de résonance qu’aucun de nous ne peut lui offrir, là ou il la rêve – ou l’attend. Il se lève, en faisant claquer rythmiquement ses syllabes, et il achève  :

         – Le cosmos est mon campement.

La Horde du Contrevent, A. Damasio

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Groupies et désir féminin

Le désir féminin est passé sous silence jusque dans les années 50. La première fois que des femmes se rassemblent massivement et font savoir : “Nous sommes désirantes, traversées de pulsions brutales, inexplicables, nos clitoris sont comme des bites, ils réclament soulagement”, c’est à l’occasion des premiers concerts de rock. Les Beatles doivent cesser de se produire sur scène : les femmes dans la salle rugissent à chaque note qu’ils jouent. Aussitôt : mépris. Hystérie de la groupie. On ne veut pas entendre ce qu’elles se sont déplacées pour dire, qu’elles sont bouillantes et désirantes. Ce phénomène majeur est occulté. Les hommes ne veulent pas en entendre parler. Le désir c’est leur domaine, exclusivement. Il est extraordinaire de penser qu’on méprise une jeune fille qui hurle son désir quand John Lennon touche une guitare, alors qu’on trouve gaillard un vieillard qui siffle une adolescente en jupe. Il y a d’un côté une convoitise indicatrice de bonne santé, avec laquelle le collectif tombe d’accord, qui est flatté, pour laquelle on montre bienveillance et compréhension. Et, d’autre part, un appétit forcément grotesque, monstrueux, risible, à refouler.”

Virginie Despentes, King Kong Théorie

King Kong Théorie

Camille Paglia est sans doute la plus controversée des féministes américaines. Elle proposait de penser le viol comme un risque à prendre, inhérent à notre condition de filles. Une liberté inouïe, de dédramatisation. Oui, on avait été dehors, un espace qui n’était pas pour nous. Oui, on avait vécu, au lieu de mourir. Oui, on était en minijupe seules sans un mec avec nous, la nuit, oui on avait été connes, et faibles, incapables de leur péter la gueule, faibles comme les filles apprennent à l’être quand on les agresse. Oui, ça nous était arrivé, mais pour  la première fois, on comprenait ce qu’on avait fait : on était sorties dans la rue parce que, chez papa-maman, il ne se passait pas grand-chose. On avait pris le risque, on avait payé le prix, et plutôt qu’avoir honte d’être vivantes on pouvait décider de se relever et de s’en remettre le mieux possible. Paglia nous permettait de nous imaginer en guerrières, non plus responsables personnellement de ce qu’elles avaient bien cherché, mais victimes ordinaires de ce qu’il faut s’attendre à endurer si on est femme et qu’on veut s’aventurer à l’extérieur. Elle était la première à sortir le viol du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Elle en faisait une circonstance politique, quelque chose qu’on devait apprendre à encaisser. Paglia changeait tout : il ne s’agissait plus de nier, ni de succomber, il s’agissait de faire avec.”

King Kong Théorie, Virginie Despentes

MUCC

Si tu es souillé
N’hésite pas à fondre en larmes
Sache pourquoi tu es là, immobile en pleine rue
Et marque ta chair pour te sentir en vie

-Gentou Sanka

J’ai soudain réalisé que j’étais apprivoisé
On m’avait attaché, brisé les crocs et on m’entretenait
Tu crois que c’est ça, que je veux ?
Qui es-tu pour m’enchainer ainsi ?

-Garo

Cette nuit, je ne peux pas respirer ou dormir, je veux dormir, laisse-moi dormir s’il te plaît.
Tout va bien, tu ne doit pas voir cette réalité, les faiblesses ne sont pas des mauvaises choses, tu sais.
“Alors cours, cours vers moi”
Cours vers ce monde étincelant.
Débarrasses-toi de tes faiblesses.
Quand tu es épuisé par les larmes,
Je resterai près de toi jusqu’à ce que tu t’endormes.

-Fukurou no Yurikago

Je suis las d’entendre dire que les “rêves” se réalisent un jour
Hypocrites qui prononcez le mot “espoir” avec légèreté, mourez donc

-Zetsubou

Voulant mourir, j’ai fermé les yeux
Et rendu tout mon être au néant
Incapable de dormir, je voulais disparaître de toutes les mémoires

Un ciel nuageux, puis une pluie éparse
Le beau temps d’hier me semble à présent tel un mensonge
Me disant: “On dirait la douleur de vivre”, je me suis mis sous la pluie

Si le vent se met à souffler
Comment ce paysage instable sera-t-il défiguré ?

Si je sombre dans les abysses des mers profondes et me cloitre dans ma coquille
Ce sourire, qui me convainc que la tristesse est vaine, me sauve

Si je m’enfonce au plus profond d’une forêt trouble et enferme mon coeur dans un cocon
Je finis par couper les fils de ma douleur

Immobile dans les ténèbres de l’aube, j’interroge la chaleur restée au creux de ma main
Pourrai-je remonter le ruisseau en barque
Et retourner là-bas un jour ?

J’ai murmuré à la pluie
“Fais qu’il fasse beau demain”

-Akatsuki Yami

Stereotypes

Heaven is the place where the lovers are Italian, the police are English, the mechanics are German, the cooks are French and the place is run by the Swiss.

Hell is where the lovers are Swiss, the cooks are English, the mechanics are French, the police are German and the place is run by the Italians.”

Bernd Debusmann