Aucun, c’est le nombre idéal

Tout a commencé par un riant matin d’octobre, dans une célèbre maternité parisienne. J’étais en train de m’extasier sur les doigts aussi petits que fonctionnels de ma première nièce, quand l’un de mes frères me demanda si je voulais des enfants. “Bah oui”, lui répondis-je sur le ton de l’évidence. Ce à quoi il répliqua par un haussement d’épaule et une phrase m’indiquant que s’il posait la question, c’est que ce n’était pas si évident que ce que je pensais.

Sur le coup, ce petit épisode ne m’a rien inspiré de particulier, mais il s’est avéré que ces trois phrases échangées ont continué de tourner dans ma tête par la suite. Je ne comprenais pas pourquoi mon frère m’avait posé cette question. Je n’allais devenir féministe que 2 ans plus tard et je ne lisais même pas encore Sexactu, le site qui m’a présenté les problématiques féministes bien avant que j’y accorde un intérêt quelconque. L’aliénation sociale qui pose la maternité comme le summum de la vie d’un femme était un concept qui me passait loin au-dessus de la tête. Toujours est-il que j’ai fini par me poser la question suivante : pourquoi est-ce que je voulais un enfant ?

Je n’ai pas trouvé de vraie réponse à l’époque. Aujourd’hui je sais au moins pourquoi je n’en veux pas.

Son enfant, c’est, selon la légende, l’être qu’on aime le plus au monde. Que veut-on pour cet être ? Le bonheur. Etant donné le monde dans lequel on vit, ça me semble être un objectif un peu trop difficile à atteindre pour que j’ai envie de prendre cette responsabilité.

Et puis le problème des parents, ce sont leurs attentes. Qu’elles soient imposées consciemment ou non d’ailleurs. A chaque fois qu’on se dit “si j’avais des enfants, je les éduquerais comme ceci” “je leur apprendrais cela”, on pose une attente et on s’expose à la déception. C’est inévitable. Alors que les pauvres gosses, ils ont bien le droit d’avoir leur propre personnalité, de faire leur propre choix, de choisir ce qui a de la valeur à leurs yeux. Les parents tracent une route plus ou moins large, plus ou moins bien dessinée, correspondant à leurs valeurs, leurs principes et leurs attentes. Une sanction – au sens large du terme, je considère le regard de désapprobation comme en étant une – attend toujours l’enfant qui s’en écarte de trop. Ce n’est pas forcément grave en soi, mais c’est quelque chose que moi je voudrais à tout prix éviter. Et comme je suis convaincue que c’est impossible, je préfère changer ma réponse à la question de mon frère.

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