Groupies et désir féminin

Le désir féminin est passé sous silence jusque dans les années 50. La première fois que des femmes se rassemblent massivement et font savoir : “Nous sommes désirantes, traversées de pulsions brutales, inexplicables, nos clitoris sont comme des bites, ils réclament soulagement”, c’est à l’occasion des premiers concerts de rock. Les Beatles doivent cesser de se produire sur scène : les femmes dans la salle rugissent à chaque note qu’ils jouent. Aussitôt : mépris. Hystérie de la groupie. On ne veut pas entendre ce qu’elles se sont déplacées pour dire, qu’elles sont bouillantes et désirantes. Ce phénomène majeur est occulté. Les hommes ne veulent pas en entendre parler. Le désir c’est leur domaine, exclusivement. Il est extraordinaire de penser qu’on méprise une jeune fille qui hurle son désir quand John Lennon touche une guitare, alors qu’on trouve gaillard un vieillard qui siffle une adolescente en jupe. Il y a d’un côté une convoitise indicatrice de bonne santé, avec laquelle le collectif tombe d’accord, qui est flatté, pour laquelle on montre bienveillance et compréhension. Et, d’autre part, un appétit forcément grotesque, monstrueux, risible, à refouler.”

Virginie Despentes, King Kong Théorie

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